Il fait froid ce soir. La pluie n'a pas cessé de tomber. Ce matin entre les rideaux j'entendais les gouttes s'écrasaient contre la vitre, dans un cri sec. Ce son me berce, me repose.
J'écoute lascive cette eau mourir pour ne pas penser qu'il va falloir me lever et commencer à exister. Non je ne veux pas me lever ! Dans mon lit, bien au chaud sous ma couette, je ne suis personne. Mais il fait déjà nuit. Donc ce matin je me suis levé. Il a bien fallu. Et le carrelage sous mes pieds m'a fait frissonner. Lui est toujours froid été comme hivers. Je me demande qu'en es qu'il sera chaud. Jamais sûrement.
Musique à fond, vite vite sous la douche pour retrouver les petites gouttes. Elles continuent de s'écraser, d'exploser, de mourir sans rien dire. Ma peau leur sert de cercueil. Se sera leur dernière demeure. Si en mourrant elles pouvaient emporter ces petites larmes du matin qui ne cessent de couler depuis une semaine. Je me reprends, il ne faut penser à rien le matin, j'aurais bien assez le temps de penser dans la journée. La musique accompagne mon levé solitaire. Habiter seule a autant d'avantage que d'inconvénient. On n'est pas déranger par le coloc' quand il rentre tard ou alors quand c'est moi qui rentre tard. On ne se pose pas de question, de savoir qui fait quoi, établir un planning pour tout, c'est barbant. Moi je fais mes courses quand je veux, je fais le ménage quand j'en ai envie, je rentre très tard et ça ne gène personne. Mais je n'ai personne avec qui parler. Je mange devant du vide et mes larmes coulent sans être consolées. Enfin au moins personne pour me dire qu'il faut laisser de l'eau chaude. Alors je laisse couler l'eau. Le jet vient caresser les courbes de mon corps. Il doit se dire que je suis pas mal foutue. C'est ce qu'on me dit toujours. Et il n'y a qu'aujourd'hui que je commence à y croire. Quel gâchis !!!
Non pas de regret, ça sert à rien les regrets, ça encombre l'esprit, c'est du temps perdu. J'accueille l'eau sur mes seins. C'est chaud, c'est doux et tendre. Des caresses qui descendent dans le creux de mes reins, dessinent la courbe de mes hanches, s'attardent sur mes cuisses. Je suis leur parcours du bout des doigts. Oui au final je ne suis pas si mal foutue que ça !!! Soudain un frisson. Ah !!! plus d'eau chaude. J'ai la chair de poule. Je sors un bras de la douche. Ouhhhh !!!! qu'il fait froid chez moi. Saisis une serviette et m'enveloppe dedans. Bon qu'es que je vais faire aujourd'hui ? Ah oui rendez vous. Une petite routine, j'en ai toujours de tout façon. Mais avant j'ai quelques cours. Étudiante, pas mal foutue et toute jeune. Le trio gagnant !
Il fait froid dans ma chambre, je me plante devant mon armoire débordante de fringue. Qu'es que je vais bien pouvoir mettre aujourd'hui ? Le flemme !! J'attrape un jean, un tee-shirt et un pull. Ça ira pour aujourd'hui. Pas besoin de plaire. Petit passage à la salle de bain, coiffage et brossage de dent. Mon habituel chignon suffira. Je n'ai pas envie d'en changer de toute façon.
Ça y'est, je suis prête. Prête pour une journée comme celle d'hier. Ah non c'est vrai, j'ai rendez vous. Allé il est temps d'y aller. Cour intéressant et d'autres plus ennuyeux. On fait avec se qu'on a mais c'est obligatoire si je veux devenir prof. Un métier stable et avantageux parce qu'on a beaucoup de vacances. Mais surtout parce que j'ai une idée très utopique de l'enseignement. Pour moi il n'y a rien de plus merveilleux que d'aider un ado à apprendre. Voir dans ses yeux l'envie de découvrir, son besoin insatiable de comprendre. Je veux participer à cela même si je sais que la réalité est tout autre. Pourtant je veux y croire. Et l'espoir mérite bien quelques cours ennuyeux.
Ce soir il fait froid. La pluie a rendu l'air très humide. Ma journée est fini, elle s'est déroulée comme celle d'hier sauf que j'ai eu rendez-vous. J'ai les cheveux encore un peu mouillé sous mon chignon. J'ai les mains qui tremblent un peu. Sûrement le froid. J'ai été à mon rendez-vous comme prévue. J'en ai tout le temps alors ça devient une habitude. Demain il faudra que j'aille en cour. Mais je crois que je ne vais pas y aller. Non je ne vais pas y aller. Ce soir avant d'aller me coucher, il vaudrait que j'appelle mes parents. Ça fait longtemps que je n'ai pas appeler et ça fait aussi longtemps que je ne suis pas allé les voir. J'ai pas trop le temps, je sors tout le temps avec mes amis, je vais au théâtre, au cinéma, en boite de nuit. Bref je profite comme beaucoup de jeunes adultes de mon âge. Et comme j'ai pas de machine à laver, je lave mon linge à la main dans mon lavabo. C'est pas très pratique. Demain c'est vendredi et le vendredi soir je vais toujours en boite. Je crois que demain j'irais en boite. Ou peut-être pas en faite. Je compose le numéro de téléphone de mes parents.
"Allo" répond ma mère.
"Salut Maman, c'est Céline"
"Je me doute bien que c'est toi, je n'ai qu'une fille qui m'appel maman !!!!" rie t'elle.
Elle est toujours de bonne humeur. C'est un bout en train ma maman.
"Alors comment ça va ? Tu as eu ton rendez-vous chez le médecin ?" continue t'elle.
J'éclate en sanglot. Comment annoncer à sa mère se que l'on sait depuis une semaine.
"Maman, je vais mourir."