Les murs sont blancs. Si blancs qu'il m'aveugle. Qu'es que je fais là ? J'ai la tête qui tourne, c'est vaseux. Je ne peux même pas bouger. Je suis assis contre un mur mou. J'essaye de me rappeler comment j'ai pu arriver là. Il y a une semaine j'étais encore chez moi. J'angoissais. Pourquoi ? C'est encore très flou. Et je suis si fatigué. Il n'y a pas un seul bruit dans cette pièce. Et puis c'est si blanc. Je m'endors.
Je me retrouve dans mon lit. Ah se n'était qu'un rêve. Je me lève et je regarde tout autour de moi. Je suis bien chez moi dans mon petit 20m² tout confort. Se n'était qu'un rêve. Je me dirige vers ma douche. J'en lève mon pyjama. Et puis j'ai un doute.
Je me retourne. Inquiète, je tend l'oreille. Les voitures passent dehors. Il est 7h, les gens vont au travail. je scrute les murs, regarde le plafond. Dans le doute je prend ma serviette pour couvrir ma nudité. Je reste comme ça pendant quelques minutes. Et je chasse ce doute. L'eau finit par me convaincre que tout va bien. Je m'habille en vitesse en sortant de la douche parce qu'il fait un peu froid chez moi. Encore une journée comme les autres. Je m'apprête à partir travailler, il fait beau dehors et surtout il fait chaud. C'est rare pour un hivers. Je saisis mes clefs et ouvre la porte. J'ai toujours pris l'habitude de m'enfermer le soir. On entend tant de chose sur des gens qui se font cambrioler ou agresser chez elles. Alors je préfère être prudente.
Un tour de clef et la porte laisse entrer l'air. Il faut que je pense à aérer en rentrant. Le temps est idéal pour cela. Je m'apprête à passer la porte puis soudain une inquiétude. Je me retourne vivement. Je cherche quelque chose qui ne va pas, un objet qui n'est pas à sa place. Mes yeux balayent la pièce. Mon lit est fait. La vaisselle d'hier soir s'entasse dans l'évier. La buée de la douche colle à la fenêtre. Le gaz est éteint. Tout semble normal. Je hausse les épaules. Un contre coup de ce rêve étrange probablement. Je referme la porte. 2 tour de clef et je suis partie. Ma journée reste égale à elle même. J'arrive dans ma salle de classe, j'installe mes affaires et j'attends que la cloche sonne. Aujourd'hui mes élève vont découvrir Molière. Je sais que se n'est plus vraiment dans leur univers mais Molière a su faire rire donc j'arriverais bien à faire rire des ados de 14 ans, 21ème siècle ou pas.
La journée passe rapidement. Il est 18h30 quand je franchis enfin le seuil de mon chez moi. Un peu de répit, que diable !! De l'eau chaude sur le feu, je commence à regarder les devoirs de mes élèves. Et je commence à penser à toute autre chose. Il faut que je déménage. Mon salaire est assez élevé pour que je puisse vivre dans un vrai appartement. Et peut-être aussi acheter une voiture. Quoique dans une grande ville, la voiture c'est pas se qu'il y a de plus pratique. Mais c'est utile pour partir en vacances. Bon on verra plus tard. L'eau boue. J'éteins le feu et remplis mon mugs. Un bon thé au citron il n'y a rien de mieux pour se détendre. Ah oui, j'oubliais ! J'ouvre grand les fenêtres et laisse rentrer l'air tiède de cette fin de journée. Quel bonheur ! Il faut parfois peu de chose pour être heureuse. Je reste à regarder la rue, songeuse, ma tasse à la main.
Mon coeur se sert. Encore cette étrange sensation. Je ne peux pas m'empêcher de scruter les murs, les objets. Il y a quelque chose de malsain dans cette pièce. Et c'est frustrant je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Je ne fais plus attention à la rue, je ne sens même plus le vent qui me caresse la joue. J'ai une bien désagréable impression, qui me fait mal au ventre. Je décide de ne pas y faire attention. Je retourne à mes copies et le travail m’absorbe peu à peu. Il est 20h30 je viens de mettre la main à ma dernière copie. Et j’ai faim. J’ouvre le tiroir et attrape un sachet de soupe instantané. Ça devrait faire l’affaire pour ce soir. 2min plus tard je déguste ma soupe au 10 légumes dans un bol en bois verni. Un cadeau de ma meilleur amie pour Noël. Un service de deux bol en bois vernis, un rouge et un vert. J’adore ces petits bols chinois. Le seul inconvénient c’est justement le bois. Des petites fissures commencent à apparaître sur les bords. A force de le laver, ça arrive. L'eau s'infiltre entre les fines lamelles de bois.
La chaleur de la soupe me relaxe. J'allume quelques bougies pour créer une atmosphère de détendre et oublier cette désagréable sensation qui semble persister. Les ombres dansent au rythme du balancement des flammes. Le jaune de mon papier peint se transforme en un sublime couché de soleil. Je ferme les yeux, je voyage un peu dans ma tête. La soupe me réchauffe les mains. Sensation diffuse que se répand dans mon corps. Un peu de musique "Yesterday once more". Je m'étend sur mon lit et me laisse bercer par la mélodie. "Every chalala every ohohoho....."
Je me redresse, coeur battant. Les yeux écarquillés, les mains tremblantes j’ai peur. Où est t’il, il y a un inconnu chez moi. Je ne fais pas attention et je me brûles la main avec la soupe encore chaude. Mais je ne sens pas la douleur, je cherche l’intrus. Prudente, je me lève et jette un coup d’oeil dans les toilettes. Personne juste le papier et les WC. La lunette est descendu. Je ferme la porte. Mais mon coeur bat toujours à se rompre. Je le sens, sa présence me frôle la nuque. Je sursaute, me retourne vivement. Je tombe sur mes genoux et regarde sous le lit. Il n’y a que de la poussière et un sac de voyage. Son regard me suit j’en ai la certitude. Où se cache t’il ? La peur me colle au ventre. Sans être vraiment rassurer, je décide de me coucher.
Se n’est sûrement que le stress de la journée. La fin de ma soupe finit dans l’évier. Cette petite panique m’a coupé l’appétit. Mes amies vont encore dire que je maigris trop. J’attrape ma brosse à dent. Petit coup d’eau fraîche sur le visage et je saute dans mon pyjama. Je ferme les volets et je ne sens même pas le petit vent doux qui caresse mes bras nus. Il fait noir. Ma couette se faufile dans les creux de mon corps. Je me blottis entre ses replis et ferme les yeux. Mais le sommeil ne vient pas. L’angoisse me sert le coeur, me sert le ventre.
Les heures passent lentement, j’ai peur d’ouvrir les yeux. Il est 3h quand le sommeil arrive enfin à m’emporter. Les info du matin me réveil brusquement à 7h. Les yeux un peu bouffis par cette courte nuit, je me lève avec difficulté . A peine ai je posé mes pieds sur le carrelage froid qu’à nouveau j’écarquille les yeux. Hors tout est normal, tout est à sa place. Non vraiment je crois qu'il faut que je prenne des vacances. La fatigue commence à avoir de drôle d'effet. Car cela ne peut être que la fatigue puisqu'il n'y a personne hormis moi dans cette pièce. Il n'y a personne, il n'y a personne, personne ne me voit.